Frank Derie
Frank Derie (1946-2009), formé à l’Académie Saint-Luc de Gand, sa ville natale, navigue à 60 ans sur les flots agréables de la réussite. C’est le dix-huitième passage de cet artiste à Beukenhof, où il revient tous les deux ans et toujours avec le même succès depuis 1981. Un succès bien mérité pour ce peintre plein de fantaisie, de lyrisme, de dynamisme. Les esthètes apprécient son élégante exubérance, son style direct, son univers irisé, son rythme frénétique. Frank Derie pratique l’acrylique, l’huile, le fusain et le pastel ; utilise une discrète trame figurative pour suggérer ses sujets qu’il développe et qu’il transcende par une profusion de palettes chromatiques, élancées, alertes, enlevées de couleurs vives.
Le hardiesse côtoie l’harmonie, les pigments subliment les formes dans un univers de néon qui bondit à la rencontre du spectateur. L’artiste fait ainsi flamboyer des femmes mondaines, élégantes, parées de leurs toilettes ou de leurs seule nudité. Il fait vibrer la Toscane ou les Polders en des patchworks lumineux. Il propose des natures-mortes sorties des sentiers battus et dans lesquelles les
fruits s’imaginent plus qu’ils ne s’aperçoivent, mais où il développe, au travers du mystère de leurs formes estompées, une couleur et une saveur incomparables. L’exotisme apparaît dans ses rêveries ramenées d’Afrique, et les état d’âme sont omniprésents au travers d’un graphisme expressif parfait et une dynamique hautement suggestive, faisant de grands traits généreux et utilisant une matière tantôt épaisse, tantôt plus fluide.
« Enfin la Muse dans mon atelier » soupire le peintre, lorsqu’il entrevoit, au travers de ses rêves et de ses espoirs, le visage imaginé de son inspiratrice se faufilant à travers ses chevalets.
Toute l’œuvre de Frank Derie est ainsi faite : elle suggère des lectures, des décryptages accessibles, plausibles et riches. Cet artiste n’a pas à s’inquiéter : la Muse réside depuis longtemps dans son atelier et rien ne permet de craindre qu’elle puisse en sortir de sitôt, tant elle semble se trouver bien auprès de ce magicien de la couleur. Son art accroche d’emblée l’attention par sa vigueur, sa vivacité et sa passion. Il est heureux de ce qu’il réalise. Il fait jouer la lumière dan ses œuvres avec une touche généreuse, ce qui permet d’évoquer le souvenir de Rik Wouters et de Jos Verdegem.
Issu d’un milieu bourgeois, Frank Derie obtint, non sans quelque réticence, l’approbation paternelle pour entreprendre une carrière artistique. Il est vite remarqué par Jean Robert Delahaut qui lui consacra sa dernière monographie de « Terre d’Europe ». Il avait ainsi annoncé sa venue aux collectionneurs avisés. Ils peuvent découvrir dès lors une peinture enthousiaste, une écriture ample, des thèmes agréables. La femme est à l’honneur, comme il se doit. Depuis l’élégance à la toilette jusqu’au mannequin. Eclatantes aussi sont ses natures mortes et ses paysages ensoleillés. Tout est débordant d’entrain, de saine sensualité, de couleurs presque enflammées. On ressent dans cette démarche une évidente ivresse de vivre, et c’est là, pour beaucoup, une découverte surprenante.
Le Fauvisme pour Frank Derie est bien une réalité, une façon de constituer un système d’expression picturale qui se définit plus spécifiquement par la dynamique de l’action et la recherche de l’expressivité. Dès le début des années 70, on remarque déjà la virtuosité du mouvement, s’attachant plus à l’importance du rendu des valeurs. Ses premières nature-mortes montrent une lumière assourdie dont la palette est encore éloigné des couleurs vives.
En 1979 Frank Derie expose ses œuvres pour la première fois dans la Galerie ‘Kunstforum » à Schelderode (Flandre), où son travail est exposé à côtés d’artistes du groupe « Cobra » comme Karel Appel, Lucebert et Kees Van Bohemen et Alechinsky.
Depuis son entrée à la Galerie Beukenhof en 1981, il a éclairé et réchauffé ses tons. Sa découverte du Japonisme dans l’art lui révèle, qu’on peut travailler avec des
couleurs expressives en dehors de couleurs descriptives. Il comprend que sa peinture ne doit pas nécessairement viser à la reproduction fidèle de la réalité. Il introduit en revanche des traits nouveaux, des éclats lumineux, rendu par des lignes blanches (affiche 1983), directement sortie des tubes.
Même ses ombres deviennent colorées et les tons vifs s’intègrent dans son travail. A partir de là, on observe une évolution accélérée de sa peinture dans le sens de l’expression par la couleur.
On constate aussi qu’il s’éloigne de plus en plus pour aller vers la négation du fini ; certaines toiles ont même un caractère d’esquisse, accentué par la valeur dynamique des taches fortement colorées qui font éclater les formes.
On voit donc que Derie prend distance vis-à-vis du réel ; ce qui compte davantage pour lui, c’est de traduire le choc ressenti devant la nature et non plus l’objet qui est à la base de cette émotion. Ce besoin de d’exprimer avec force le conduit à user des moyens élémentaires et des simplifications hardies. Il a donc bien découvert la fonction expressive de la couleur. Il s’est laissé emporter par son lyrisme, par le besoin de traduire une émotion intérieure, née de la découverte d’une nature proche. On remarque qu’il accorde une grande importance à la richesse chromatique d’une palette pure, exprimant l’essence de l’objet. Il n’a d’ailleurs jamais eu de problèmes de couleurs fatiguées par des mélanges pigmentaires, et il est concerné par les questions de synthèse, de composition, de rythme et d’harmonie.



